Conférence du 28 novembre 2013

Publié le par afislr

Les (trop rares, malheureusement…) chanceux qui étaient présents le 28 novembre dernier à la salle du Belvédère du Corum de Montpellier ont pu bénéficier d’un exposé magistral du professeur Artus. En effet, en quelques dizaines de minutes roboratives et fort documentées, Jean-Claude Artus a réussi à montrer que les avantages du nucléaire ne se limitaient pas à détailler le plus rationnellement possible les plus et les moins. Penser par exemple que le parc français permettait une énergie meilleur marché, que les accidents étaient somme toute plutôt rares, ou que, peut-être, au fond, on aggraverait moins l’effet de serre avec cette énergie plutôt que d’autres. Tout cela est bel et bon, et demeure naturellement valable, mais cela reste dans une « fourchette » où il paraît aussi légitime d’être pour ou contre l’énergie nucléaire, selon que l’on insiste plus ou moins sur les avantages ou les inconvénients, et aucune option n’est franchement irrationnelle ou déraisonnable.

Mais là où l’exposé d’Artus était déterminant, c’est qu’il montrait que nous étions tous tellement « englués » dans la propagande anti-nucléaire qui s’est déployé depuis 40 ans que nous ne pouvions plus penser clairement. On ne compte plus les déclarations les plus hallucinantes, comme celle de Nicolas Hulot : « il serait suicidaire de ne pas sortir du nucléaire ». Pour Artus, qui s’interroge sincèrement sur de telles prises de position, par des personnes parfaitement honorables au demeurant, nous ne pouvons pas ne pas penser que le nucléaire est à tout le moins un grand danger.

Ainsi, en introduction, l’orateur a commencé par un état des lieux (alarmant, faut-il le souligner ?...) du niveau d’information ou d’instruction des populations. Les classements internationaux se succèdent et voient le niveau français se situer continuellement aux places les moins enviables, 20ème ou 21ème sur 22, par exemple, selon les compétences testées. Plus grave encore, se méfier des scientifiques, qui ont déjà si peu de places dans les grands médias, est devenu un sport national. Les institutions elles-mêmes, telles le Conseil National de la Transition Energétique, sont parfois organisées de bien curieuse façon : pas un seul médecin n’en fait partie ! 

Dès lors, le problème qui se pose au citoyen est : « qui va nous renseigner » ?

  • Les médias ? Ils sont dominés par Médiamétrie… Seules leurs ventes les motivent.
  • Les militants ? Ils se proclament bien « indépendants », mais en fait, ne sont pas objectifs, puisqu’ils sont dans le « combat »…
  • Les experts ? Bien sûr, au moins, ils ont une compétence, mais ils ont tendance à s’exprimer du « haut de leur grandeur », et ne savent pas toujours se mettre à la portée du Public, expliquent mais ne savent pas répondre simplement…

Restent ceux qui informent sur la base des bibliographies et des publications scientifiques et qui laissent ensuite chacun se faire son opinion. Inutile de préciser que c’est la démarche adoptée par Artus.

Ces informations, quelles sont-elles ?

Il y a d’abord les données fournies par le professeur Artus sur les différents types d’énergie. Par exemple, que le prix de l’électricité « solaire » est 10 fois supérieur à celui de l’électricité fournie par les centrales nucléaires. Ou que les USA ont abandonné 14 000 éoliennes, pour manque de rentabilité (c’est l’équivalent du parc français actuel).

Mais c’est au niveau des risques relatifs à chaque source d’énergie que les informations de M. Artus sont les plus décoiffantes : abreuvés des chiffres qui circulent dans les médias, de ces « centaines de milliers de cancers » ou de ces « dizaines de milliers de morts de Tchernobyl », etc., il nous est difficile d’imaginer que tout cela est tout simplement faux… Que le nucléaire, s’il a tué, a non seulement fait environ deux mille fois moins de victimes que les autres sources d’énergie (entre 40 et 50 morts à Tchernobyl, aucun à ce jour à Fukushima), mais surtout que ce ratio est d’une telle importance que l’on peut renverser le calcul et estimer à bon droit que le nucléaire a sauvé environ 1 800 000 personnes ! Pour l’énergie produite, c’est le nombre de victimes qu’auraient fait le charbon, le pétrole, l’hydraulique, le gaz, etc.

Le professeur Artus décrit ensuite les vrais dangers des radiations nucléaires, leurs mesures, leurs conséquences, y compris leur utilisation médicale, qui peut avoir des effets secondaires graves, mais qui présentent une balance bénéfice/risque positive. Quelques exemples choisis pour illustrer la différence entre la biologie et la physique sont aussi éclairants qu’amusants, ainsi quand Jean-Claude Artus rassure les enfants que nous avons été, et qui sommes sans doute tombés dans le piège de nos instituteurs : et pourtant, NON, un kilo de plomb, ce n’est pas comme un kilo de plumes… Jetez-le sur votre pied, pour voir !! (A énergie égale, les effets pathologiques sont différents.)

Après les dangers pour la santé, ce sont les dangers pour l’environnement qui sont évalués. Que ce soit du côté des gaz à effets de serre ou du côté des déchets nucléaires, l’impact est infime ! Le charbon est environ 250 fois plus mauvais pour l’environnement que l’énergie nucléaire. Et rappelons que loin d’être une énergie du passé, elle reste, mondialement, l’énergie n°1, encore aujourd’hui. Quant aux déchets, la peur qui est liée à leur durée de vie (qui se compte en centaines de milliers d’années, pour certains) doit absolument être mise en balance avec d’autres types de déchets industriels qui eux, sont éternels ! Les déchets nucléaires représentent 200 tonnes par an, sont traités avec des précautions extrêmes et la loi les encadre de façon drastique, alors que pas moins de 18 000 000 de tonnes d’autres déchets dangereux sont gérés de façon bien moins rassurante !

Nous voyons donc que pour le nucléaire les problèmes sont maitrisés de façon tout à fait acceptable et que du côté positif, ce n’est pas seulement un léger mieux, une petite balance bénéfice-risque positive : nous pouvons conclure que les avantages du nucléaire, qu’on devrait sans doute appeler ses bienfaits, sont si considérables (et si peu connus !) que les rejeter en devient vraiment une folie. Nul doute que pour Artus, il serait suicidaire de sortir du nucléaire !

En conclusion, Jean-Claude Artus évoque un film à voir absolument : « Pandora’s promise[1] » réalisé en 2013 par d’anciens opposants à l’énergie nucléaire. A l’instar d’un Jacques Van Rillaer ou d’un Mark Linas, respectivement revenus de la psychanalyse ou de la lutte contre les OGM, ces « convertis » sont souvent les plus à même d’exposer les raisons pour lesquelles ils ont changé d’avis. Leurs points de vue sont très éclairants, puisque leurs convictions étaient fortes, mais encore plus fortes ont été les connaissances et informations qu’ils ont acquises, et qui leur ont donc permis de modifier leur opinion.

A l’issue de la conférence, une discussion intéressante a pu se développer encore quelques dizaines de minutes, avec cet orateur chaleureux, à l’écoute et soucieux de se faire comprendre, et avec des auditeurs qui ont remplacé la quantité par la qualité !

Jean-Claude Artus est l’auteur de deux ouvrages qui résument et prolongent cet exposé : d’une part, « Les tribulations du professeur au pays du nucléaire », un livre qui, aujourd’hui, aurait sans doute été appelé « le nucléaire pour les nuls », et un ouvrage plus original, puisque c’est une fiction, une sorte de techno-thriller nucléaire à la « Tom Clancy » : « À petites doses… ». Ces deux ouvrages sont disponibles auprès de l’auteur[2].

 

[1] Visible prochainement sur You Tube, actuellement seulement visible en projection privée payante. Les chaines publiques en ont refusé la projection.

[2] Vous pouvez le contacter ici : jc.artus@numericable.fr

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