Compte rendu de la conference de Nicolas Gauvrit

Publié le par afislr

 

L’AFIS-LR (Antenne du Languedoc-Roussillon de l’Association Française pour l’Information Scientifique) vient d’inaugurer son cycle des « Rencontres de l’AFIS-LR » par la conférence de Nicolas Gauvrit, tenue au Corum de Montpellier le 30 avril dernier, sur le thème « l’Art de mentir avec les statistiques ».Après une présentation générale de Jean Brissonnet, délégué principal de l’AFIS-LR, exposant les raisons de la création de cette nouvelle antenne régionale, et présentant plus généralement l’action de l’AFIS, ce ne sont pas moins d’une cinquantaine de personnes très attentives qui ont assisté, puis participé activement, avec des questions et un dialogue très pertinents,au débat qui a suivi l’exposé de Nicolas Gauvrit.

 

NG conferencier


Celui-ci a porté sur les difficultés qui peuvent surgir à chacune des étapes de la fabrication d’une statistique (en l’occurrence, surtout des sondages) : ces étapes sont l’échantillonnage, le questionnaire, l’indice, la représentation, et enfin, l’interprétation, étape finale, qui est la seule à apparaître dans les médias. C’est bien évidemment à chaque étape que des biais peuvent surgir, et Nicolas Gauvrit a donné mille et un exemples de dangers, à commencer par le problème du choix de l’échantillon. Par exemple, le sondeur qui choisirait d’interroger les gens au hasard dans la rue verrait une « sur-représentation » des gens… qui sont souvent dans la rue ! D’autres exemples montrent qu’on n’aboutira pas aux mêmes résultats selon le « hasard » qu’on essaie d’introduire (M.Gauvrit a donné plusieurs exemples très parlants, comme celui de la fréquentation des bus : si on choisit les bus au hasard, ce n’est pas comme si on choisit les horaires au hasard).

C’est sans doute dans le questionnaire que les biais sont les plus frappants et les plus nombreux : pour commencer, le sondé a une tendance nettement marquée à se rapprocher de la réponse qu’il estime  attendue de lui par lesondeur (de ce fait, même le « look » du sondeur a son importance !) ; le choix des mots est lui aussi crucial : si on vous demande votre avis sur une « opération de maintien de la paix » en Afrique, vous ne répondrez pas la même chose que si on vous dit « accepteriez-vous que la France aille tuer des gens en Afrique ? » ; l’ordre des questions est également primordial (Nicolas Gauvrit a donné des exemples très frappants pris dans un sondage effectué par les « complotistes » de Reopen 9.11) ; et de nombreux autres biais sont encore détaillés, et mis en scène par des exemples imagés et parlants de l’orateur.

L’étape de l’indice, plutôt que sujette à des biais ou des manipulations possibles, est surtout source de simplifications, généralisations, et autres déformations parfois abusives. Ainsi, le « moral des ménages » n’est évalué que sur le patrimoine financier, ou le PNB d’un pays surtout sur sa production, etc. Et se pose également le problème d’établir des moyennes qui peuvent être trompeuses ou exagérément simplificatrices, selon qu’on aboutit par exemple à 10 parce qu’on a eu surtout des 9 et des 11, ou en fait des 1 et des 19 !

Le chapitre sur les représentations a été particulièrement spectaculaire ! Le conférencier a ainsi montré plusieurs courbes, parfois très différentes, parfois même contradictoires, et a expliqué ce qui pouvait les différencier : choix de l’échelle, choix du « point zéro » des ordonnées, courbes très à la mode faites avec des objet, etc. Mais ce qui ne manque pas de surprendre, c’est que comme l’explique Nicolas Gauvrit, ces courbes sont toutes vraies

 

Pour finir, l’interprétation des données recueillies est tout aussi clairement une étape décisive, et l’oubli sans doute le plus criant dans la presse est probablement d’ignorer constamment les imprécisions etles incertitudes qui sont pourtant calculables et calculées : l’imprécision est typiquement de + ou – 3%, et les incertitudes d’environ 5%. Un sondage devrait donc être lu en disant « on peut dire, avec une marge d’erreur + ou – 3%,qu’on a 95 % de chances d’avoir tel résultat »… Avouons que rares sont les médias qui « annoncent la couleur » et font preuve de cette prudence !

 

NG salle


Nicolas Gauvrit a ensuite répondu à une salve de questions portant sur les corrections possibles de tous ces biais, ou sur quelques points précis liés à la différence entre corrélation et causalité, le côté graphique des représentations, (échelles verticales, « camemberts »…) ou encore des points de détail abordés dans son exposé (QI, seuil de pauvreté, PNB, existence d’autres indices comme « l’indice de développement humain » pour corriger éventuellement le côté réducteur du PNB, etc.)

 

NG discution

 

Le public a pu enfin dialoguerencore un peu individuellement, et « piocher » dans les nombreux anciens numéros de la revue de l’AFIS, Science… et pseudo-sciences, proposés à la vente à un prix modique. De très nombreux auditeurs ont choisi de se documenter ainsi, contribuant au succès de la soirée qui aura de ce fait permis de toucher un public nouveau,ou de maintenir un contact plus étroit avec un public connaissant déjà l’association.

 

NG specimens

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