Compte-rendu de la conférence de Philippe Joudrier : « OGM : Faut-il avoir peur ?

Publié le par afislr

L’AFIS-LR (Antenne du Languedoc-Roussillon de l’Association Française pour l’Information Scien-tifique) poursuit son cycle des « Rencontres de l’AFIS-LR » avecla conférence de Philippe Joudrier, tenue au Corum de Montpellier le 16juin dernier, sur le thème « OGM, faut-il en avoir peur ? ». Du point de vue de l’affluence, on peut être un peu déçu par la soirée, qui n’a réuni qu’environ 25 personnes, mais du point de vue de la qualité, cet événement a tenu toutes ses promesses, puisque l’exposé était aussi clair que passionnant, et le débat qui a suivi, très riche et animé !

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Philippe Joudrier a commencé sa conférence en remettantl’apparition des OGM dans son contexte historique, et a judicieusement montréque la démarche d’amélioration des espèces faisait l’objet d’efforts millénaires de la part de l’humanité, depuis qu’elle s’est mise à cultiver.

L’amélioration des variétés a toujours été nécessaire, et Joudrier nous expliquera plus loin qu’elle le sera toujours, ne serait-ce que pour répondre aux pressions environnementales de toutes sortes : insectes, champignons, adventices, vers, animaux, bactéries, virus, etc., qui évoluent sans cesse, sans compter les formes de stress « abiotiques » : froid, chaud, eau (excès ou manque), etc. Ajoutons que l’homme a aussi inventé diverses utilisations à sa production, ainsi le blé dur et le blé tendre qui n’ont pas les mêmes usages.

ph.Joudier.conf   

Reste donc la manière.Philippe Joudrier nous explique que l’homme a successivement utilisé empiriquement la sélection des meilleurs plants (sélection « massale »), les croisements intra- puis interspécifiques, la mutagenèse (qui consiste à augmenter la variabilité génétique naturelle en créant des mutations aléatoires provoquées soit par des rayons x, gamma, ou UV ou des produits chimiques mutagènes) ainsi que différentes méthodes de culture in vitro.

La transgénèse, ensuite, permet de choisir la mutation que l’on veut conférer à la plante et d’éviter l’aspect aléatoire des mutations précédentes. Mais l’orateur nous montre aussi que le sigle « OGM » est très mal choisi : tout ce qui vient d’une reproduction sexuée est un OGM ! Donc, toutes les variétés obtenues par chacune de ces méthodes sont « génétiquement modifiées » : et d’ailleurs, la transgénèse existe dans la nature, l’homme ne l’a pas inventé !Lors d’un « simple » croisement, il y a ou il peut y avoir transgénèse…Ce que les différentes techniques de génie génétique ont permis au sélectionneur, c’est de repérer un gène utile, de savoir l’isoler, le caractériser, et par la technique de transgénèse, de l’intégrer dans le génome d’une plante et finalement à évaluer le résultat.

Donc, le processus d’amélioration est non seulement nécessaire, mais obligatoire (le catalogue officiel des espèces cultivées comprend environ 6000 variétés et chaque année600 nouvelles viennent remplacer celles qui sont devenues obsolètes) ; Avec les méthodes traditionnelles,il faut de l’ordre de 10 à 12 ans pour obtenir une nouvelle variété, celles qui utilisent la mutagenèse ou la culture in vitro sont un peu plus rapide mais dans les deux types de méthodes les nouvelles variétés ne font l’objet que d’une évaluation basique et légère. L’opération de transgénèse, par elle-mêmeest plus précise et plusrapide (une à deux années maximum), par contre, c’est l’évaluation de la nouvelle variété qui sera longue (plusieurs années).

Seulement voilà, cette technique est-elle dangereuse ? Philippe Joudrier va s’attacher à répondre à tous les points habituellement soulevés par ceux qui sonnent l’alarme, de manière si virulente : d’abord, les réglementations sont absolument draconiennes ! L’orateur nousmontre la liste impressionnante de lois et de décrets, et évoque par ailleurs les milliers d’animaux sacrifiés pour l’évaluation du seul MON 810…

Ensuite, il analyse d’une part les études (cf références à la fin) qui n’indiquent aucune augmentation du risque lié à cette technique, et enfin, il répond aux arguments fréquemmentavancés (« la science fait « muter » les plantes ! », « on franchit la barrière des espèces », « on se substitue à la nature », etc.) par une pédagogie simple et directe : un gène n’appartient pas à un organisme donné, le gène ne « fait » pas l’organisme, la PGM n’est qu’une nouvelle variété, etc.

Evoquant également les risques d’effets (éventuels) à « long terme » souvent mis en avant, il souligne que d’une part, nous avons déjà un recul de 15 à 17 ans de consommation humaine et animale sans aucun problème sanitaire rencontré, auquel s’ajoute de nombreuses études de long terme(faites parfois sur 4 générations d’animaux !)et que d’autre part, la question n’est pas pertinente pour toutes les plantes car, pour la majeure partie d’entre elles, nous n’y serons exposé que quelques années (5 années en moyenne), compte tenu de leur renouvellement permanent. Tout cela montre que tous les risques ont été systématiquement intégrés dans l’évaluation et qu’au final,rien n’est plus sûr qu’un OGM sur le marché.

Il est difficile de rendre compte de la discussion passionnée et passionnante, lancée ensuite par de nombreuses interventions souvent très fouillées, mais les échanges ont été riches, et plusieurs points ont pu être évoqués, comme les raisons qui pourraient expliquer le rejet des OGM par une bonne partie de la société (Instrumentalisation politique, sensationnalisme des médias…)

Au total, une soirée riche d’enseignement, mais avec une petite frustration et une envie de revenir un jour sur ce sujet, pour pouvoir propager davantage une information sérieuse et dépassionnée etélargir un peu plus le cercle des personnes « raisonnables » et bien informées…

 

Quelques références :

 

Essais long terme :

Assessment of the Health Impact of GM Plant Diets in Long-Term and Multigenerational Animal Feeding Trials : a Literature Review, par C. Snell, Bernheim, JB. Bergé, M. Kuntz, G. Pascal, A. Paris, A. Ricroch, Food and Chemical Toxicology (2011)

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691511006399

 

Risque environnemental :

Farmscaleevaluation (UK), 2002

SIGMEA, étudeeuropéenne, 2009

Etude Chinoise, 2012 : Widespread adoption of Bt cotton and insecticide decrease promotes biocontrol services

Yanhui Lu1, Kongming Wu1, Yuying Jiang2, Yuyuan Guo1 & Nicolas Desneux3

doi:10.1038/nature11153 

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John Smilek 05/11/2014 07:19

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I could see from the pictures that the AFIS-LR conference went really well. Great topics have been discussed in this particular meeting. I hope it turns out to do so many good things to the society. I am glad that you shared the minutes of meeting with us. Thanks a lot.